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Misaotra indrindra eram-po ! Merci du fond du cœur ! – de Vatosoa Rakotondrazafy

Bonjour à toutes et à tous ! Je m’appelle Vatosoa Rakotondrazafy et aujourd’hui, 6 novembre 2020, c’est mon dernier jour en tant que Coordinatrice nationale du réseau MIHARI. J’ai passé près de six ans à travailler pour le réseau. Des années vraiment marquantes pour moi. Je suis heureuse d’avoir vécu cette aventure incroyable. Quand j’ai commencé, en janvier 2015, il n’y avait qu’une poignée de communautés LMMA et d’organisations d’appui impliquées au sein de MIHARI. Très peu de personnes connaissaient ce que le réseau représentait, et encore moins ce qu’il faisait. Nous avons parcouru un long chemin depuis, et je suis fière de ce que nous avons réalisé ensemble. Aujourd’hui, je pars avec le cœur plein de reconnaissance en sachant que MIHARI est désormais connu, non seulement partout à Madagascar, mais aussi dans le monde.

Nous avons parcouru un long chemin depuis, et je suis fière de ce que nous avons réalisé ensemble.

Je me rappelle encore exactement du jour où j’ai vu l’offre d’emploi pour ce poste de Coordination nationale. J’étais à l’Université British Columbia de Vancouver, au Canada, où je faisais un travail de recherche sur la gestion durable de la pêche à Madagascar. Je me posais des questions sur l’avenir. J’hésitais entre rester au Canada et acquérir des expériences professionnelles à l’international, ou bien rentrer et mettre mes compétences au service de mon pays et de la population malagasy. J’avais passé le plus clair de mon temps à me documenter sur la pêche à Madagascar, et pourtant, je n’avais jamais entendu parler de ce réseau si particulier. J’ai cherché des informations sur Internet mais je n’ai pas trouvé grand-chose, ni sur le réseau MIHARI, ni au sujet des LMMA. Néanmoins, je me suis levée avant l’aurore pour passer mon entretien d’embauche le 10 décembre 2014 à 6h00 du matin, et à la fin de cet entretien, j’étais remplie d’énergie. Je suis ensuite rentrée à Madagascar et le 27 janvier 2015, j’ai commencé mon aventure avec MIHARI. Je n’ai jamais regardé en arrière, et je n’ai jamais été aussi heureuse.

Lorsque j’ai rejoint MIHARI, j’étais la première et la seule employée. A l’heure où j’écris, je travaille avec une équipe extraordinaire composée de 13 personnes, 25 organisations membres et 219 communautés gestionnaires de LMMA. Ensemble, grâce à MIHARI, nous avons uni nos voix, nous avons fait du bruit, nous avons attiré l’attention et nous nous sommes fait de plus en plus d’alliés au sein des autorités gouvernementales et du secteur privé. Ensemble, nous sommes devenus connus et nous avons été entendus. Et surtout, nous avons eu de l’impact.

Aujourd’hui, je quitte mon poste de coordinatrice nationale. Je vais rejoindre une nouvelle organisation qui travaille à mobiliser les atouts collectifs de toutes les parties prenantes pour développer et amplifier ensemble un mouvement national qui vise à restaurer les paysages marins et terrestres de Madagascar, à reverdir l’île et à lutter contre la pollution atmosphérique dans le pays. Mais je suis heureuse de vous annoncer que je reste avec vous, à titre bénévole, en tant que Présidente du Conseil d’administration de MIHARI. Prendre une telle décision n’a pas été facile. Cependant, les messages que j’ai reçus, venant des membres des communautés et des membres de MIHARI, m’ont encouragée à continuer de servir le réseau dans ce nouveau poste. Je suis fière que les communautés avec lesquelles j’ai travaillé pendant ces nombreuses années continuent à m’accorder leur confiance dans la prochaine phase de travail qui s’annonce pour MIHARI. Ce poste de Présidente du Conseil d’administration, je le prends très au sérieux : il représente pour moi la chance de m’assurer que le Conseil d’administration fonctionne efficacement et qu’il assume ses responsabilités de soutien du réseau afin que MIHARI continue à œuvrer en faveur d’un monde meilleur pour les pêcheurs de Madagascar. J’occuperai ce poste pendant un an, jusqu’à la prochaine élection. J’y vois une merveilleuse occasion d’assurer une cohérence et des échanges de capacités avec la nouvelle direction de MIHARI.

Ensemble, nous sommes devenus connus et nous avons été entendus. Et surtout, nous avons eu de l’impact.

Je voudrais encore exprimer mes remerciements pour cette aventure, et partager avec vous les connaissances les plus importantes que j’ai acquises en tant que Coordinatrice nationale de MIHARI, afin de permettre aux prochains leaders de s’appuyer sur nos succès et de surmonter les obstacles.

Lorsque j’ai commencé chez MIHARI, les forums nationaux faisaient déjà partie des activités phares du réseau. Mais je savais que, pour emmener ce réseau à un niveau supérieur et le transformer en véritable mouvement, ces forums nationaux devaient être le centre de tous nos efforts. Se connaître, collaborer, résoudre des problèmes et créer ensemble : tels sont les éléments essentiels qui rassemblent une même communauté. Nos forums régionaux et nationaux nous ont permis de le faire. A ce jour, le réseau en a organisé plus d’une dizaine. Chaque fois, nous sommes arrivés à mobiliser 200 à 300 participants membres des communautés de pêcheurs, des ONG, du gouvernement ou encore du secteur privé. Nous avons contribué à la mise en place d’espaces pour comprendre nos besoins, nos objectifs et nos attentes. A travers ces forums, ensemble, nous avons créé une stratégie nationale. Nous avons adopté et développé le projet d’établir des aires réservées pour les petits pêcheurs. Nous avons sensibilisé Madagascar à l’importance de la petite pêche et à toute la valeur des Aires Marines Gérées Localement. Nous avons établi des connexions majeures et positives avec nos partenaires clés au sein du gouvernement.

En proposant ce moyen de rassemblement aux petits pêcheurs, nous avons transformé ces forums nationaux, qui sont passés d’un simple espace d’échanges d’informations en un processus de co-création où règne la confiance. A leur tour, ces forums ont assuré la croissance et le succès de MIHARI en tant que réseau puissant et influent. J’attends avec impatience les futurs forums de MIHARI pour voir comment le réseau continuera de se développer. A l’ère de la COVID-19, nous aurons probablement besoin de réinventer le format de ces forums. Nous devons recréer la façon dont nous travaillons ensemble à tous les niveaux. Ce sera une tâche essentielle de l’année prochaine, et je me réjouis de travailler avec l’équipe et les membres de MIHARI pour assurer la sécurité et la santé de tous en chaque occasion.

Nous avons transformé ces forums nationaux, qui sont passés d’un simple espace d’échanges d’informations en un processus de co-création où règne la confiance.

Nous avons créé ensemble MIHARI pour soutenir les communautés de pêcheurs, mais nous avons aussi établi le premier espace collaboratif pour la pêcherie à Madagascar, en rassemblant des partenaires et d’autres organisations, et en veillant à ce qu’ils connaissent notre travail. MIHARI est un réseau, et les leçons apprises doivent donc impliquer le plus grand nombre possible d’acteurs gouvernementaux, de bailleurs, de partenaires et d’intervenants du secteur privé. Comme le dit un proverbe swahili : “L’homme seul ne pourra mettre le bateau à la mer”. Nous avons vu que lorsque nous travaillons ensemble, notre voix est amplifiée et mieux entendue. Cette solidarité a même fait que l’impossible est devenu possible. Nombreux sont celles et ceux qui partagent maintenant nos convictions et nos espoirs. Ils ont trouvé en MIHARI un moyen d’être inclus et engagés dans un large mouvement de soutien à la pêche durable et au développement communautaire. Cela a été incroyable de voir, au cours des cinq dernières années, un si grand nombre d’organisations différentes, de pêcheurs, d’ONG, de services gouvernementaux, se réunir, apprendre à se connaître, grandir ensemble et créer ensemble.

C’est pour toutes ces raisons que j’ai appris à aimer et à avoir confiance en la puissance du réseau. Cependant, par-dessus tout, je suis convaincue que nous avons atteint le succès grâce à la confiance que nous avons envers les pêcheurs eux-mêmes. J’ai souvent entendu dire que nous devons les soutenir, les instruire et porter leur voix. A mon avis, c’est passer à côté de la véritable raison du succès de MIHARI. En réalité, le réseau MIHARI a réussi parce que, justement, il a ignoré ces stéréotypes et il est resté à l’écoute des pêcheurs. Dès le début, nous avons traité les pêcheurs comme ils méritent d’être traités – comme les experts qu’ils sont. Je suis constamment impressionnée par leur vision et leurs idées, et bien que je sois titulaire d’une maîtrise et que la plupart d’entre eux ne le soient pas, j’apprends continuellement d’eux chaque fois que nous parlons. Ils ont tant à nous apprendre sur nos écosystèmes et l’interconnectivité de la biodiversité. Nous devons nous rappeler que nous sommes à leur service : ils ont été mes patrons, ils sont mes collaborateurs et je respecte leur expertise par-dessus tout. Pour que MIHARI continue à se développer, le réseau doit être fondé sur ce respect et cette compréhension.

Ce respect porté aux pêcheurs a révélé une composante essentielle du succès de MIHARI. Nous avons réalisé que, en tant qu’employés de MIHARI, nous n’avons pas à être les experts, les instructeurs ou les représentants. Nous devons être les facilitateurs, les catalyseurs. Nous avons appris à être derrière, dans les coulisses, et non sous les feux des projecteurs. Nous avons compris que la communication est souvent meilleure quand elle se passe entre pêcheurs, et non pas lorsqu’elle est imposée par d’autres organisations. Les pêcheurs partagent des défis communs, et ils les surmontent ensemble. Ils connaissent souvent les réponses. Pourtant, les pêcheurs peuvent hésiter à mettre en avant ces réponses, car nous sommes dans une société qui ne leur donne pas le sentiment d’être valorisés. Je suis fière que MIHARI soit aujourd’hui cette plateforme pour développer confiance et compréhension. A travers des formations formelles et informelles en communication, nous avons contribué à renforcer la confiance et à amplifier les voix des pêcheurs. Il m’arrive souvent de sourire, maintenant, quand j’assiste à des réunions de haut niveau avec des ONG, des bailleurs et des membres du gouvernement et que c’est un pêcheur qui, après être resté longtemps silencieux, prend la parole, partage ses préoccupations, propose des solutions et donne des conseils.

L’un des moments privilégiés que j’ai eu avec MIHARI a été de remporter le “Whitley Award” en 2019. En recevant le prix et en ressentant le poids du trophée dans mes mains, j’ai su que j’acceptais ce prix prestigieux au nom de toute la famille MIHARI, au nom de vous tous qui défendez la vie des pêcheurs malagasy ainsi que des femmes et des hommes qui passent chaque jour de leur vie à subvenir aux besoins de leur familles et de leurs communautés tout en gardant les eaux et les côtes de Madagascar saines, belles et fécondes.

Nous avons compris que la communication est souvent meilleure quand elle se passe entre pêcheurs, et non pas lorsqu’elle est imposée par d’autres organisations.

Je ne suis pas naïve. Je quitte mon poste de Coordinatrice nationale en sachant qu’il y a encore beaucoup de travail à faire. En tant que réseau, MIHARI doit encore aider toute la petite pêche à adapter leurs techniques et respecter les fermetures de pêche. Il est important que le réseau soutienne davantage d’activités d’éducation et de sensibilisation au niveau local. Nous disposons d’une base de données sur les LMMA, mais nous devons la mettre à jour régulièrement et veiller à ce qu’elle soit largement partagée afin que les actions et le soutien se poursuivent.

En tant que seule femme parmi les employés de MIHARI jusqu’en 2018, dirigeant un réseau composé majoritairement d’hommes qui accueille des forums nationaux où la plupart des participants sont des hommes, j’ai souvent été interrogée sur le rôle des femmes dans la pêche durable à Madagascar. C’est un autre domaine qui nécessite encore beaucoup de travail et le soutien total du réseau MIHARI. J’ai demandé aux quelques femmes présentes à nos forums pourquoi elles ne prennent pas la parole. Elles m’ont confié timidement qu’elles n’ont pas le sentiment que leurs opinions sont valables, et qu’elles devraient laisser les hommes parler. MIHARI a commencé à aborder cet enjeu. Nous avons lancé un évènement appelé “FisherWomen Leadership Program” le 15 Octobre 2020 qui rassemble 28 femmes, représentantes de toutes les régions côtières de Madagascar et qui propose à ces femmes des possibilités de développement professionnel et de renforcement des capacités, de confiance et de leadership. J’encourage la prochaine équipe dirigeante de MIHARI à continuer de travailler sur ce volet crucial et à l’approfondir. Les femmes jouent un rôle considérable dans la mise en place d’un système de pêche durable.

J’ai toujours été à l’aise dans mon rôle en tant que femme. Je suis une femme et j’ai très souvent été la plus jeune dans la salle, mais je sais que je suis respectée. Je suis respectée parce que je respecte les pêcheurs. Je les estime en tant que personnes et en tant que partenaires. Nous partons pêcher ensemble, parce que je sais à quel point il est primordial de comprendre d’où ils viennent, leurs expériences et les défis auxquels ils font face. Ainsi, chaque fois que nous prenons la pirogue ensemble, je suis toujours prête à monter à bord. Acceptons de tout cœur les femmes, de la même façon que ce réseau m’a acceptée. C’est dans la diversité que nous avons renforcé et amélioré nos apprentissages et que nous continuerons de le faire.

Les femmes jouent un rôle considérable dans la mise en place d’un système de pêche durable.

Je conclurai en adressant quelques remerciements importants.
-Merci tout d’abord aux autres communautés comme MIHARI à travers le monde, notamment aux Fidji, qui nous ont fait découvrir le pouvoir de la gestion communautaire et des LMMA. Nous devenons toujours plus forts grâce à l’apprentissage entre pairs.
-Merci à mon incroyable équipe – ce fut une joie et un honneur de travailler avec vous.
-Merci à nos nombreux donateurs et partenaires – vous avez fait un excellent investissement dans quelque chose de spécial : continuez le chemin avec nous.
-Merci à notre merveilleux groupe d’ONG partenaires – un merci tout particulier. Si nous avons réussi, c’est grâce à la culture de non-concurrence qui existe ici à Madagascar. C’est étonnamment unique au monde et votre gracieuse collaboration a permis d’améliorer la vie des pêcheurs !
-Un merci particulier aussi au gouvernement de Madagascar, qui a soutenu MIHARI depuis ses débuts.
En tant que Présidente du Conseil d’administration, je m’engage à travailler avec l’équipe et les membres pour faire en sorte que nos merveilleux succès et apprentissages à Madagascar soient partagés dans le monde entier – au profit des pêcheurs du monde entier. Partager notre modèle, nos approches, nos défis et la façon dont nous les avons surmontés est un élément important de l’avenir de MIHARI, et j’ai hâte d’appuyer ce travail.

Vous m’avez changée à jamais.

Enfin, un immense merci aux milliers de pêcheurs avec qui j’ai eu l’honneur de collaborer durant toutes ces années. Vous m’avez changée à jamais. Vous avez fait de moi une personne meilleure, plus déterminée, plus courageuse, plus humble, plus réaliste, plus empathique et plus bienveillante. Vous avez ouvert mon coeur et mon esprit. Vous m’avez fait ces cadeaux que je ne pourrai jamais vous faire en retour, mais que je passerai toute ma vie à essayer de partager avec les autres.

Veloma mandram-pihaona!

Si vous souhaitez me contacter, voici mon adresse personnelle : vatosoa7421[at]gmail.com

Vatosoa Rakotondrazafy