10 juin 2020, 19h25 (GMT+3). Le bilan mondial du coronavirus COVID-19 est lourd : à l’heure où nous écrivons, il y a 7.369.202 cas dans le monde. Madagascar n’échappe pas au contexte sanitaire mondial et compte aujourd’hui 1.162 cas positifs et a déclaré 10 décès.

Des mesures sanitaires ont été prises par le gouvernement afin de limiter la propagation du virus. L’état d’urgence sanitaire sur tout le territoire de Madagascar a été déclaré le 20 mars 2020 et le confinement a été assigné à la population des trois régions les plus touchées, à savoir Atsinanana, Analamanga et Haute Matsiatra.

Suite aux mesures de confinement appliquées dans ces trois grandes régions, les entrées et les sorties ont été limitées. C’est un ralentissement voire un arrêt total de bien d’activités dans divers secteurs. Celui de la pêche n’a pas été épargné. Les communautés de pêcheurs travaillant avec MIHARI se sont déclarés en difficulté. A coeur ouvert, quelques pêcheurs nous confient leurs témoignages.

Amode (Antanambe, Mananara Nord, Madagascar), “ J’ai arrêté de pêcher ”
“ Je suis Amode, membre de la LMMA Tsiverizara dans le district de Mananara. La mer me fait vivre : elle me donne de la nourriture et me fait gagner de l’argent. Je vends tout aux collecteurs qui sont intéressés par mes poissons, sans distinction d’espèces : thon, perroquet, maquereau, poulpe, etc. Ils arrivent de Soanierana Ivongo (à trois heures de bateau) ou de Maroantsetra (à cinq heures de bateau). De temps en temps, ma femme et moi faisons des poissons salés-séchés destinés à la vente locale et à l’alimentation, en prévision des périodes où la pêche n’est pas favorable, quand les vents sont violents. C’est en écoutant la radio que j’ai appris que le pays est en état d’urgence sanitaire. Cela m’a fait un choc. Je ne peux plus pêcher à cause du couvre-feu. Et les collecteurs de produits de mer ne viennent plus. J’ai dû mettre mes activités de pêcheur entre parenthèses. Heureusement que je cultive des girofliers et du riz dans des champs un peu éloignés de mon village, en attendant que la crise passe ”.


Freddy (Maintimbato, Maroantsetra) “ Je ne pêche plus que pour l’alimentation familiale ”
Freddy Velondraza, président régional de MIHARI vit à Maintimbato, dans la région Nord-Est dans la Baie d’Antongil. “ Depuis que la crise dure, je reste chez moi. A contempler la mer. Je sais que je ne pourrais plus y aller tous les jours, avant un certain temps. Désormais, je ne prends que ce que moi et ma famille avons besoin pour la nourriture et je vends le reste, s’il y en a. Vendre n’est plus aussi intéressant. Les prix ont chuté, un lot de poissons vendu auparavant à 10.000 ariary ne coûte guère que 5.000 ariary aujourd’hui. Les mareyeurs ont également cessé leurs activités ”.

Tsiady Patricia (LMMA Fénérive-Est) “ J’ai changé mes habitudes ”
“ Mon mari allait en mer la nuit, comme tous les pêcheurs du coin. Le matin, généralement, les femmes se chargent de la vente. Depuis le couvre-feu, il ne va plus en mer et nous vivons actuellement de nos économies, nous limitons nos sorties. La vie a vraiment changé. Nous sommes contraints d’éviter les visites et les réunions de famille, même les moments de funérailles sont abrégés ”.

Des histoires parmi tant d’autres, qui illustrent les défis des communautés de pêcheurs à sortir de leur routine pendant les périodes de crise. Des périodes assimilables aux saisons cycloniques. Sous d’autres cieux, à Morondava et Analalava, les pêcheurs s’abattent sur le troc afin d’assurer leur survie. Des poissons échangés contre du riz. D’autres ont recours à de prêteurs sur gage afin de se procurer des vivres, car dans la plupart des régions, l’inflation est parmi les premières réponses aux crises de tout genre.

L’écologie aussi en souffre !
Au niveau des LMMA, zones de pêche destinées à une bonne gestion, lors des catastrophes, la biodiversité paie le prix fort. Faute de contrôle, les pêcheurs osent les engins de pêche non réglementaires tels les moustiquaires. D’autres membres du “ Fokonolona ” se hasardent même en mer pour puiser dans ce qui est sensé être “ un bien commun ” et s’en sortent indemnes, puisque seuls les pêcheurs sont soumis aux réglementations locales – Les dina.
L’arrivée massive de migrants pour exploiter les mangroves, pour en faire du charbon de bois a été constatée dans la Baie d’Ampasindava, Ambanja. Une mareyeuse a même déclaré qu’elle vend plus en cette période, et que son activité n’a jamais été aussi florissante ! Elle profite du prix cassé des poissons au détriment des pêcheurs qui doivent augmenter leur effort de pêche pour avoir le même gain qu’avant. Et plus la crise sanitaire perdurera, plus la prise sera importante.

Pour une communauté plus résiliente, à même de faire face aux changements
Conscient de l’urgence de la situation, le réseau MIHARI veut alerter les autorités responsables de la pêche, de l’environnement et de la population à avoir plus de considération aux cas des pêcheurs. En effet, parmi les plus vulnérables, les pêcheurs sont très sensibles aux changements. Cet aperçu des réalités sur terrain dans ce contexte sanitaire sans précédent pour Madagascar aidera les membres du réseau à mieux se préparer face aux autres catastrophes. Ensemble pour des communautés plus résilientes !

Accédez à notre étude sur les impacts de la pandémie de COVID-19 sur la petite pêche à Madagascar.