Histoires venant des Aires marines gérées localement 

En tant que personne qui a grandi sur l’île de Madagascar, on s’attend souvent à ce que je connaisse beaucoup de choses sur l’océan, la natation, le surf, et tout sur les fruits de mer ! Cependant, Madagascar est la quatrième plus grande île du monde et la plage se trouve à au moins dix heures en taxi-brousse de la capitale, Antananarivo, où vit ma famille. Certaines personnes sont étonnées d’entendre que je n’ai fait ma première rencontre avec l’océan qu’à l’âge de 11 ans, lorsque je me suis rendu dans l’Est du pays pour des vacances en famille. Je me souviens très bien de ma tante qui me taquinait tout au long du trajet en bus vers la côte. Elle me demandait si je connaissais la couleur de l’océan, en essayant de me convaincre qu’il était rouge. Mais même si je ne connaissais pas grand-chose à l’océan, il a toujours captivé mon imagination.

J’ai entendu pour la première fois les termes “aires marines gérées localement” (LMMA) d’une amie, Vatosoa Rakotondrazafy, originaire de Madagascar que j’ai rencontrée pour la première fois à New York. À l’époque, elle faisait des recherches sur la gouvernance des océans de Madagascar aux Nations Unies et à l’Université de la Colombie-Britannique, et je terminais ma Licence en Pennsylvanie. Après ses travaux de recherche, qui ont duré un an, elle est retournée à Madagascar et a occupé le poste de coordinatrice nationale du réseau MIHARI. Elle est devenue la première employée depuis la création de l’organisation en juin 2012. Ce réseau défend les communautés de pêcheurs à petite échelle le long des 5 000 km de côtes du pays. Il relie les communautés et partage les meilleures pratiques de pêche durable.

Le travail de MIHARI est de plus en plus important à Madagascar, qui fait face à une diminution des stocks de poissons (la pêche artisanale est le gagne-pain de plus de 500.000 personnes dans le pays) et à la dégradation simultanée de l’écosystème. Les communautés de pêcheurs sont confrontées au défi de pêcher suffisamment pour survivre tout en assurant la durabilité du stock de poisson. La fréquence et l’intensité croissantes des catastrophes liées au changement climatique, comme les cyclones et les sécheresses, aggravent ces défis.

Les communautés de pêcheurs que MIHARI rassemble, les LMMA, sont particulières car elles ne sont pas directement gérées par le gouvernement. Elles sont plutôt gérés par des représentants des communautés, des représentants du gouvernement local et parfois des membres du secteur privé et des ONG. Cette approche de gestion est importante car les communautés de base ont la meilleure connaissance de leur environnement local. Ils sont capables de gérer leurs propres ressources marines et d’utiliser des solutions contextuelles et socialement acceptables pour résoudre rapidement les problèmes, plutôt que d’attendre que le gouvernement prenne des mesures à des milliers de kilomètres.

J’ai eu la chance d’être le témoin de la croissance de MIHARI depuis 2015, lorsque Vatosoa a commencé à coordonner le réseau. Son équipe est passée d’un seul employé à treize, dont quatre coordonnateurs régionaux. Depuis lors, l’organisation a également établi quatre pôles régionaux : Nord-Ouest, Sud-Ouest, Nord-Est et le Moyen-Ouest de Madagascar. Le réseau relie actuellement plus de 175 membres d’associations communautaires LMMA, ainsi que des organisations membres et le secteur privé. 

En 2017, les pêcheurs membres du réseau MIHARI se sont réunis pour la première fois pour présenter les trois motions au ministère en charge de la pêche. Ces motions formulent les priorités en terme de petite pêche de l’Île, notamment la demande de création de zones réservées à la pêche artisanale, afin de résoudre leurs conflits avec les pêcheurs industriels. Ces réalisations ont amené Vatosoa à remporter le Whitley Award en 2019, en reconnaissance de son rôle d’ambassadrice et de défenseur de ces communautés.

Je dois avouer que ce n’est que lorsque j’ai entendu l’allocution lors de la cérémonie de remise du prix Whitley de Vatosoa, que ma curiosité  au sujet des LMMA s’est réveillée. Elle a dédié le prix à tous les petits pêcheurs de Madagascar et les a appelés “les gardiens de nos mers”. Après avoir entendu son discours, j’ai pris conscience par moi-même : j’avais inconsciemment ignoré les défis rencontrés par les responsables de mon plat préféré, les crevettes à la noix de coco, entre autres délices. Je voulais en savoir plus sur ces héros méconnus, leurs visages, leurs histoires et leurs défis. Lors d’une conversation privée au sujet de ces personnes avec le personnel du MIHARI, ils m’ont donné des exemples des divers sacrifices qu’ils ont dû faire pour nourrir une nation entière. Ces sacrifices comprenaient l’initiation de fermeture de pêche temporaires et l’abstention de pêcher certaines espèces pendant une période donnée, ce qui pourrait signifier ne pas manger afin d’assurer la durabilité des stocks de poissons pour les générations futures. Lorsque l’organisation m’a dit que je pouvais écrire des blogs pour accroître la visibilité de ces communautés de pêcheurs et du réseau MIHARI, j’ai immédiatement sauté sur l’occasion.

En décembre 2019, j’ai sollicité mon amie Nebiat Assefa Melles, une cinéaste documentaire que j’ai rencontrée à UC Berkeley. Son assistant son et vidéaste basé à Toliara, Faniry Njava, et deux représentants du réseau MIHARI, Prisca Ratsimbazafy et Herizo Emmanuel, Nebiat et moi-même avons voyagé au sud de Madagascar, au pays des Vezo, un groupe de peuple semi-nomade de l’océan dont le nom vient du verbe malgache «voizo», pour ramer. Nous avons visité deux LMMA près de la ville de Toliara, TAMIA et FIMIHARA. Je me suis assise avec certains des membres de la communauté et des dirigeants pour écouter leurs histoires et comprendre leurs expériences quotidiennes.

 

Sur la photo de gauche à droite, Prisca Ratsimbazafy, Herizo Emmanuel, Nebiat Assefa Melles, 
Rebeka Ramangamihanta et Faniry Njava.

Par Rebeka Ramangamihanta