Nous sommes en expédition pour mieux comprendre comment les gestionnaires des LMMA de MIHARI travaillent au quotidien. FIMIHARA est une association gestionnaire de la LMMA baie de Ranobe et soutenue par l’ONG Reef Doctor. L’association rassemblant 13 villages s’avère être la zone touristique la plus développée de la région. Elle est située à environ 30 kilomètres au Nord de la ville de Toliara. FIMIHARA signifie Fikambanana Miaro sy Hanasoa ny Ranomasina et que l’on peut traduire par «Association qui protège et améliore l’environnement marin». Sa mission principale est de donner aux petits pêcheurs la possibilité d’exprimer leurs besoins et leurs doléances. L’association planifie et met en oeuvre des projets de développement pour la baie, promeut et dispense des formations sur les techniques de pêche alternative. Et enfin, protège les ressources naturelles de la zone. Jusqu’à présent, le plus grand succès de FIMIHARA a été la création de deux réserves marines, le Massif des Roses et Ankaranjelita. Elles sont ouvertes aux visiteurs et surveillées par des gardes rémunérés par l’association. L’association fonctionne sur les redevances perçues auprès des visiteurs des réserves, ainsi que sur les contributions des opérateurs touristiques de la région. Nous avons visité deux villages, Ifaty et Mangily, qui sont tous deux membres de l’association FIMIHARA. Nous avons discuté avec leurs dirigeants afin de comprendre la structure de l’association, les défis auxquels elle est confrontée et comment l’association y fait face. Nous avons également exploré les succès et les pratiques de l’association dans la protection et l’utilisation durable de ses ressources.

 

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AVISOA FELIX, PÊCHEUR ET MEMBRE DU COMITÉ DIRECTEUR FIMIHARA

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Question : Pouvez-vous me parler de vous?

Réponse : Je suis originaire de Belalandy mais je cherchais une vie meilleure alors j’ai déménagé à Mangily. À l’époque, le village n’était encore qu’un village dans la brousse ; il était couvert de forêt. Ma femme et moi avions construit un trano bongo (une cabane) et vivions en famille. La pêche était très facile ; nous n’avions pas eu besoin d’aller loin pour attraper un seau de poisson. Au fil des ans, les prises ont diminué avec l’augmentation du nombre de pêcheurs.

Question : Depuis lors, avez-vous vu des signes de changement climatique?

Réponse : Oui, je vois des signes de changement climatique. Dans ma localité, il fait plus sec et il pleut moins qu’avant. Le changement climatique affecte également notre activité de pêche.  La terre est devenue moins productive, ce qui a contraint des agriculteurs à se reconvertir en pêcheurs. Certains groupes venant de l’intérieur des terres ont même abandonné l’agriculture et sont venus dans les zones côtières pour pratiquer l’activité de la pêche, bien qu’ils n’aient pas les connaissances traditionnelles de la mer. Ils utilisent ainsi ce qu’on appelle le “draoto”, ou filet de senne de plage. Un filet de pêche aussi fin qu’une moustiquaire, dévastateur et ne tient pas compte de la durabilité de nos ressources marines. Nous connaissons également de périodes difficiles lors des cyclones, mais d’une manière ou d’une autre, Dieu nous a toujours aidé à sortir de la crise. 

Question : Quel est votre pire souvenir d’un cyclone? *

Réponse : Mon pire souvenir a été lors du cyclone Haruna en 2013. Il a vraiment détruit le Massif des Roses. J’ai appris que les cyclones détruisent non seulement ce qui est au-dessus de l’eau, mais aussi tout ce qui se trouvait en dessous. Les récifs coralliens ont été gravement endommagés. De plus, comme ils ne grandissent que d’un centimètre par an, il leur a fallu beaucoup de temps pour repousser.

Question : Qu’en est-il des impacts au sein de votre communauté?

Réponse : Le cyclone a duré environ quatre jours. De nombreuses maisons ont été détruites ; beaucoup d’entre eux ont été écrasés par la chute d’arbres. Personne n’est mort, il y a eu de blessés graves. 

Question : Connaissez-vous quelqu’un qui a été blessé?

Réponse : J’en connaissais beaucoup, certains étaient mes voisins. L’histoire la plus triste est celle d’une femme dont le dos a été blessé par la chute d’un arbre. La maison d’une autre femme a été détruite par une grosse branche d’Ankao (un arbre de la famille des Casuarinaceae) qui tombait alors qu’elle allaitait son bébé. Ils étaient allongés sur le lit, qui était au milieu de la maison, quand l’accident s’est produit. Elle avait eu peur de perdre son bébé, car dans le désarroi elle a fui. Heureusement, le bébé était en quelque sorte protégé et a été retrouvé sain et sauf.

* Selon le OCHA (United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs ou Bureau de la coordination des affaires humanitaires) Madagascar est le pays le plus touché par les cyclones sur le continent africain, avec une moyenne de 1,5 cyclone par an et chaque cyclone violent pouvant toucher jusqu’à 700.000 personnes.

 

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JEAN-PIERRE CO-PROPRIÉTAIRE DU CLUB DE PLONGÉ ET MEMBRE DU COMITÉ DIRECTEUR DE FIMIHARA

Les citations incluses dans ce texte proviennent directement des personnes interrogées. Les modifications qui ont été apportées à la traduction ont été effectuées afin d’assurer la clarté du contenu, tout en conservant les émotions des personnes lors des entretiens.

 

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#1

“Les opérateurs touristiques doivent être inclus dans la gestion locale des ressources. Il est plus facile de demander de l’argent aux hôtels qu’aux villageois. Je vais utiliser un exemple clair et récent : en 2018, nous avons créé une nouvelle réserve avec FIMIHARA. Elle a été  était coûteuse. Nous avons dû payer pour une inauguration, faire venir les autorités et les journalistes et engager un gardien supplémentaire pour travailler tout au long de l’année. Par conséquent, nous nous sommes retrouvés sans ressources financières vers la fin de l’an 2018. La situation a empiré en 2019 et nous n’avons pas pu rester à flot. Notre avons proposé d’augmenter le droit de visite des réserves de Ariary 5.000 (1 euro et 2 centimes) à Ariary 10.000 (2 euros et 40 centimes), en échange de la publicité pour les hôtels. Le fokontany a pris la décision de mettre en œuvre cette décision en septembre, à un moment où je n’assistais pas à la réunion du comité directeur et où aucun hôtelier n’était convoqué. Cette mise en place d’augmentation de prix n’était pas compréhensible pour les hôteliers, puisque cette période coïncidait à la haute saison. Si moi ou un représentant des hôteliers étions présents, nous aurions pu dire : “non, ceci n’était pas faisable. Car une hausse de prix entraînerait une mésentente avec les hôteliers”. Par ailleurs, il devrait y avoir des représentants des opérateurs touristiques à ces réunions car les opérateurs font partie de la communauté locale, et les hôteliers sont, incontestablement, les premiers employeurs de toute la région. Mais vous savez très bien qu’à Madagascar, le passé colonial complique les relations malgaches et françaises. La collaboration ne sera alors possible qu’au dépend d’une confiance mutuelle. Du côté malgache, cela signifie plus d’ouverture et de souplesse dans la définition d’une « communauté » et du côté vazaha, cela demande l’établissement et le maintien d’une confiance à long terme avec les malgaches”. 

#2

“FIMIHARA distribue chaque année des calendriers de pêche* aux hôteliers. La plupart d’entre eux respectent assez bien ces outils. Et récemment, nous avons également produit des affiches, pour sensibiliser les touristes. Par exemple, la pêche aux langoustes se termine généralement aux alentours de la période de Noël et du nouvel an (la fermeture officielle de la pêche aux langoustes d’octobre à décembre de chaque année). Si les pancartes ne sont pas déployées, les gens ne respecteront probablement pas les périodes de fermeture. Mais au contraire, des panneaux bien visibles dans tous les hôtels, restreindront les touristes à commander des langoustes en cette période. Si un hôtel ne sert pas de langoustes pendant la fermeture temporaire, mais que son voisin le fait, alors lorsque les touristes iront au deuxième hôtel et s’apercevront qu’il y a de la langouste au menu, certains commanderont, d’autres soulèveront le problème à l’hôtel. Ignorer les indications de fermetures serait une erreur marketing de la part des hôtels. Ils devront ainsi supprimer ces articles interdits de leurs menus”. 

* Le ministère en charge de la pêche publie les dates des fermetures de pêche avant ou au début de l’année. MIHARI développe ensuite des calendriers régionaux pour les sensibiliser les locaux et assure la distribution de ces outils à tous les membres des associations membre du réseau. Les membres sont ensuite responsables de partager les informations avec leurs communautés.

 

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CELINE, PÊCHEUR ET PRÉSIDENTE DE L’ASSOCIATION DES FEMMES D’IFATY

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Le Projet d’Appui aux Communautés de Pêcheurs de Tuléar (PACP) a construit un débarcadère en 2014, une sorte de port, qui sert au débarquement des pirogues et le pesage des poissons. Cependant, L’infrastructure était sous-utilisé et mal entretenue. L’outil est rendu utile plus tard, quand l’ONG Reef Doctor a signé un contrat de deux ans, pour l’achat des algues auprès des agriculteurs. Concernant l’algoculture, les agriculteurs se sont montrés peu enthousiastes. L’algoculture étant jugé peu rentable considérant le prix du kilo d’algues qui s’élève à Ariary 600 (15 centimes d’euros) et prend un mois et demi pour croître. Comparé à la pêche, qui est une activité qui rapporte journalièrement de l’argent, à hauteur de Ariary 1.000 (24 centimes d’euros) le kilogramme. Dans le passé, 80 personnes pouvaient rassembler jusqu’à 2 tonnes d’algues mais les agriculteurs se sont découragés et Reef Doctor a cessé de faire la collecte. La société Copefrito a pris par la suite le relais. Après la dernière élection présidentielle, la gestion du débarcadère a changé. En octobre dernier, des responsables travaillant au sein du ministère en charge de la population étaient venus nous rendre visite et nous ont nommées femmes responsables du débarcadère. Ils nous ont confié la tâche de fabriquer de la glace pour garder les produits au frais. Et ont également, octroyé des équipements tels que des réfrigérateurs, des panneaux solaires et des batteries. Des formations nous ont été dispensées afin que nous puissions utiliser tous ces équipements. Une grande fête a été donnée lors de l’inauguration”. 

 

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Céline nous fait visiter le débarcadère et son nouvel équipement. 

L’association des femmes réorganise lentement le débarcadère. “ Récemment, nous avons tout nettoyé, réparé les fenêtres et ajouté des lumières. Actuellement, le seul problème reste les panneaux solaires. Ils ne sont pas assez puissants pour alimenter les réfrigérateurs et leurs batteries sont à faible capacité de stockage.  Pour cela, notre groupe économise pour acheter une batterie de stockage suffisamment solide et des panneaux solaires en plus. J’espère que nous pourrons ouvrir la place en janvier. La réouverture de ce débarcadère serait une formidable opportunité pour les femmes et les pêcheurs. Notre plan est que chacun puisse l’utiliser comme une chaîne du froid pour entreposer de la viande, du poisson ou tout produit nécessitant de la glace, moyennant des frais. Cela représentera également une opportunité pour l’économie d’échelle, car les gros acheteurs ont généralement besoin d’une certaine norme de quantité, mais ne peuvent pas acheter à des pêcheurs individuellement. Ce débarcadère pourrait être l’endroit où nous rassemblons tous les poissons. Cette initiative, ne sera pas pour une seule personne, ou pour les femmes seulement, mais pour aider tous les pêcheurs à sortir de la misère. S’ils viennent de la mer, ils peuvent stocker leur produit pour une modique somme – pas trop chère, mais abordable. Nous pensons également à créer un restaurant de renom en ces lieux afin que les gens puissent profiter de la nourriture locale venant directement de la mer. Nous allons le nettoyer et en faire un endroit agréable pour manger et les sorties. Nous pourrions également vendre des colliers ici ”. 

MIHARI lancera son programme FisherWomen Leadership pour 2020, pour célébrer le mois de l’histoire des femmes. Ce sera un événement national pour les femmes du secteur de la pêche artisanale où des femmes pêcheurs comme Céline se réuniront pour partager, s’inspirer mutuellement, élever leurs voix et s’organiser autour de leurs problèmes dans le secteur.

Retrouvez l’article sur le blog de Rebeka Ramangamihanta