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Sarodrano : 200 habitats artificiels pour redonner vie aux poulpes

Face à la raréfaction des poulpes, les gestionnaires du LMMA Mitsinjo Ny Hoavy ont choisi de restaurer la mer plutôt que de l’exploiter davantage. En construisant et en immergeant 200 habitats artificiels, appelés tranon-korita, ils mettent en œuvre une solution d’Adaptation fondée sur les Écosystèmes (EbA) inspirée du concept de Fishes Banking, avec le soutien du CEPF et du WWF.

Quand la restauration des habitats devient un investissement pour l’avenir

A Sarodrano, les revenus de nombreuses familles dépendent de la pêche aux poulpes. Pourtant, la pression de pêche, la dégradation progressive des récifs et les effets du changement climatique fragilisent progressivement cette ressource. Pour inverser cette tendance, les membres du LMMA Mitsinjo Ny Hoavy ont choisi une approche innovante : recréer des habitats favorables au développement des poulpes afin de permettre à la nature de retrouver sa capacité de production.

Cette initiative repose sur le principe du Fishes Banking, une approche qui considère les habitats artificiels comme une véritable « banque de ressources marines ». Après avoir identifié collectivement les sites les plus adaptés, les membres du LMMA ont fabriqué 200 tranon-korita à partir de matériaux respectueux du milieu marin avant de les immerger dans des zones stratégiques. Ces refuges offrent aux poulpes des espaces où ils peuvent s’abriter, grandir et se reproduire à l’abri des perturbations. Pour maximiser leur efficacité, des périodes de fermeture temporaire de la pêche sont appliquées autour de ces nouveaux habitats, conformément au Dina.

Une communauté mobilisée pour bâtir la résilience de son écosystème

La réalisation de ce projet a nécessité une forte mobilisation collective. Le transport et l’immersion des 200 structures ont demandé un important effort logistique, rendu possible grâce aux journées de travail communautaires réunissant jeunes, pêcheurs expérimentés et propriétaires de pirogues. Cette dynamique locale a permis de transformer une idée innovante en une action concrète au service de la biodiversité et des moyens de subsistance des communautés côtières.

Au-delà des structures immergées, cette initiative marque une évolution des pratiques de gestion des ressources marines. Les pêcheurs se sont approprié le concept d’Adaptation fondée sur les Écosystèmes et comprennent désormais que restaurer les habitats naturels constitue un investissement durable pour leurs propres activités. Les tranon-korita augmentent les zones de refuge pour la faune benthique, réduisent la pression exercée sur les récifs naturels et favorisent, à terme, des captures de poulpes plus abondantes et de meilleur calibre. Le renforcement des patrouilles communautaires, l’application du Dina et le suivi écologique des habitats permettront désormais de mesurer les résultats de cette solution et d’en inspirer d’autres LMMA du réseau MIHARI.

À Sarodrano, les tranon-korita démontrent que les solutions fondées sur la nature peuvent répondre simultanément aux défis de la conservation et du développement local. En faisant de la mer une véritable « banque de ressources », le LMMA Mitsinjo Ny Hoavy prouve que protéger les écosystèmes aujourd’hui, c’est aussi garantir les revenus et la sécurité alimentaire des communautés côtières de demain.